12 - Peinture sur bois, sur toile, etc.

12.3 – Peinture sur bois, sur toile, etc.

L’école florentine, — on désigne ainsi le groupe, la suite d’artistes qui marchèrent sur les traces de Cimabuë et de Giotto , — eut pour illustre représentant, au commencement du quinzième siècle, Fra Angelico da Fiesole, qui personnifia la ferveur dans la sublimité artistique, et dont les œuvres semblent être autant d’hymnes d’adoration. Né dans l’opulence, mais doué d’une âme essentiellement contemplative, ce génie qui s’ignorait avait cherché l’oubli du monde sous le froc du dominicain, sans se douter que la gloire l’atendait dans la profondeur même de son humilité. D’abord, et comme par pieuse distraction, il couvrit de miniatures quelques pages de manuscrits;puis ses compagnons de cloître lui demandèrent un tableau; il obéit, con-vaincu que l’inspiration qui s’agite en lui est une manifestation de l’esprit divin, et c’est avec la plus naïve sincérité qu’il rapporte à cette céleste origine le chef-d’œuvre sorti de ses mains. Sa réputation se propage, et ce fut par soumission à ses supérieurs que, sur l’appel du chef de la chrétienté, il se rendit à Rome, afin d’y peindre une chapelle du Vatican. Et quand le pontife, enthousiaste de son talent, veut que la dignité d’archevêque en soit le prix, Angelico regagne modestement sa cellule de moine, pour s’y consacrer sans partage au culte de cet art, qui est pour lui une prière de tous les instants, un élan perpétuel vers cette patrie du ciel, dont il rêve sans cesse avec l’ineffable émotion de l’élu.

Non loin du moine séraphique, qui mourut plein de jours en 1455, apparaît Thomas Guidi, à qui une sorte d’inconscience de la vie matérielle avait fait donner le sobriquet ironique de Masaccio (le Stupide), mais qui, en même temps, étonna le monde par ses œuvres, à ce point qu’on en a pu dire « que celles de ses devanciers étaient peintes, tandis que les siennes étaient vivantes ». Masaccio, un des premiers (et ce détail prouve avec quelle lenteur l’art peut progresser même dans les mains les plus hardies), posa solidement sur la plante des pieds, dans ses tableaux, les personnages de face, que ses devanciers avaient toujours mis debout sur les orteils, faute de savoir exécuter les raccourcis. Masaccio mourut, à vingt-six ans, en 1443.

Philippe Lippi, qui s’attacha plus spécialement à l’étude de la nature, soit dans la physionomie humaine , soit dans les détails accessoires de ses œuvres,marque en quelque sorte la dernière station de l’art, qui touche à cette virilité où il doit triomphalement donner toute la mesure de sa puissance. Les maîtres des grands maîtres sont nés, car nous sommes à la fin du quinzième siècle. C’est Andrea Verrochio qui, à la vue d’un ange que son élève, Léonard de Vinci, avait peint dans un de ses ouvrages, abandonne à jamais le pinceau.C’est Domenico Ghirlandajo qui, jaloux des facultés supérieures qu’il reconnaît chez son élève, le jeune Buonarotti, s’attache et réussit à les tourner,au moins momentanément, vers la sculpture. Mais ne nous arrêtons pas à caractériser les travaux d’un seul groupe d’artistes; car, si le mouvement de rénovation a pris naissance aux rives de l’Arno, ce n’est pas là seulement qu’il se propage. D’ailleurs Giotto, en visitant Vérone, Padoue et Rome, y a laissé les traces encore resplendissantes de son passage; Fra Angelico da Fiesole, nous l’avons dit, est allé peindre au Vatican; une féconde irradiation a eu lieu, qui partout fait pâlir la vieille renommée des peintres byzantins répandus dans les cités italiennes.

A Rome, nous trouvons successivement Pietro Cavallini, que Giotto avait formé pendant son séjour dans la ville éternelle; Gentile da Fabriano,qui s’inspira de Fra Angelico, et Pietro délia Francesca, qui a été regardé comme le créateur de la perspective; avant d’arriver et Pietro Vanucci, dit le Pérugin, né en 1446, qui ne dut qu’à la force de son génie et de son caractère de devenir un des maîtres les plus célèbres de son époque. Pérugin eut l’honneur de clore sa magnifique carrière, en initiant aux délicates pratiques de son art Raphaël Sanzio d’Urbino, né en 1483, qui fut, de son temps, comme il l’est aujourd’hui et comme il le sera sans doute tant quevivra le culte du bel idéal et de la pure science, le prince, pour ne pas dire le dieu de la Peinture.

A Venise, une phalange de précurseurs, plus compacte, plus nombreuse,prépare l’ère nouvelle, que doivent illustrer Titien, Tintoret,Véronèse. Citons seulement Gentile et Jean Bellini; le premier, constamment absorbé par la recherche des théories d’un art qu’il exerçait pourtant avec tout l’abandon d’une âme inspirée ; le second, que préoccupa sans cesse l’union de la force et de la grâce, et qui à soixante-quinze ans sembla trouver une seconde jeunesse pour suivre avec une heureuse audace l’exemple de son élève Giorgio Barbarelli, dit le Giorgione, né en 1477, mort en 1511 , qui venait de tout innover en fait de dessin et de couleur, et fut le maître de Jean d’Udine, de Sébastien del Piombo, de Jacques Palma, et de Pordenone, condisciples et parfois rivaux des trois grands artistes dans l’œuvre desquels s’individualise en quelque sorte l’école vénitienne.

A Parme, c’est presque spontanément qu’une école locale apparaît, magnifiquement personnifiée par Antonio Allegri, dit le Corrége, né en 1494,et par François Mazzuoli, dit le Parmesan, né en 1503.

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