12 - Peinture sur bois, sur toile, etc.

12.5 – Peinture sur bois, sur toile, etc.

Voici Raphaël, il divino Sanzio, comme disent les nombreux admirateurs de ce génie qui arrive sans cesse à la grandeur par la simplicité, et à la puissance par la retenue. Pendant que Michel-Ange semble n’avoir pu jamais traduire qu’une partie restreinte de ses rêves gigantesques sur le mur immense que son fougueux pinceau recouvre, il suffit à Raphaël d’attacher quelque tranquille figure sur un étroit carré de toile, pour que là brille aussitôt la plus parfaite des douces, des suaves inspirations. Il s’est créé un ciel qu’il peuple des types humains les plus chastes ou les plus vénérables, et la

lueur d’en haut est comme souverainement répandue sur ses gracieuses visions. D’ailleurs, aussi, dans Raphaël, plus encore que dans Léonard de Vinci, deux artistes également sublimes se succèdent. C’est d’abord le rêveur charmant, qui dans le frais élan de sa prime jeunesse crée ces Madones, filles naïves de la terre, dans le regard et sur le front desquelles le saint rayon resplendit avec toute son ineffable pureté; puis c’est le maître, plein de science profonde, pour qui les réelles beautés de la création n’ont rien de caché,et qui, en traduisant la nature, réussit à lui prêter le magnifique idéal dont son âme semble s’être empreinte dans la fréquentation des régions divines (fig. 231 *).

« Le principal défaut de Raphaël, remarque très-judicieusement M. Michiels, c’est la banalité de sa gloire. Il devient presque fâcheux d’entendre« le vulgaire répéter sans cesse un nom magique, dont il ne comprend pas la signification. « Enfant gâté du sort, l’auteur des Vierges et de la Transfiguration n’a presque aucun détracteur, et Ton ne saurait compter ses courtisans serviles, ses admirateurs fanatiques. « Une circonstance de sa« vie offre l’emblème de sa destinée. Ayant expédié à Palerme la fameus toile du Spasimo, une tempête brisa le navire qui la portait; mais les flots semblèrent respecter le chef-d’œuvre. Après avoir fait plus de cinquante lieues sous la mer, le coffre qui enfermait la glorieuse production vint« échouer doucement dans le port de Gênes. Le tableau n’avait aucunement« souffert. Les moines siciliens, à qui il était destiné, le réclamèrent, et« depuis lors, grâce à la clémence des vagues, il attire au pied de l’Etna les pèlerins du génie. »

Si, quittant la ville des pontifes, nous gagnons la cité des lagunes, nous trouvons d’abord Titien, le peintre de Charles-Quint et de son illustre rival de France. « Le génie du Titien, dit Alexandre Lenoir, est toujours grand« et noble. Jamais peintre n’a produit des carnations aussi belles et aussi fraîches. Chez le Titien , point de ton apparent : le coloris des chairs est si bien« fondu qu’il semble aussi difficile à imiter que le modelé lui-même. Qu’on ajoute à ses tableaux la vérité et l’expression du geste, l’élégance et la« richesse des draperies, et l’on aura une idée des grands ouvrages qu’il a laissés. »

Puis se présente Jacques Robusti, qui dut à la profession de son père d’être surnommé le Tintoret. D’abord élève du Titien, qui, par jalousie, dit-on, l’éloigna de son atelier, Robusti ne demanda qu’à l’ardeur d’un travail solitaire la maturité du talent le plus fécond. Le dessin de Michel-Ange et le coloris du Titien! avait-il écrit sur la porte de son pauvre réduit, et l’on

pourrait presque affirmer qu’il sut, à force d’étude et de travail, remplir ce magnifique programme, si l’on s’en tenait au seul examen de quelques toiles exécutées avant qu’une fièvre d’exubérante production se fut emparée de ce vigoureux talent, qu’inévitablement elle devait affaiblir. Pour avoir une mesure du degré où était poussé chez le Tintoret le besoin de produire, il faut se rappeler que Paul Véronèse lui reprocha de ne pas savoir se contenir; oui, Paul Véronèse, lui-même, l’infatigable créateur, dont tout le monde connaît les immenses, les populeuses toiles !

Quant à celui-ci, c’est non-seulement le nombre des personnages, mais encore le bruyant éclat de la mise en scène, qui caractérise chacune de sesœuvres. Et, toutefois, s’il multiplie les acteurs, c’est avec un ordre parfait qu’il les groupe : s’il peint des foules, il sait éviter les cohues. Voyez comme la vie est partout répandue à profusion dans ses vastes tableaux d’apparat : partout la fière et chaude nature s’y développe, partout l’espace est saisissable, partout la lumière joue puissante, partout l’imagination fait merveille. Il est le peintre , par excellence , des festins et des cérémonies : pompeux et naturel à la fois, son abondance n’a d’égale que son éblouissante facilité, et on lui pardonne le magnifique sans-gêne avec lequel il confond dans le même cadre la pensée religieuse des vieux textes sacrés et toutes les profanes splendeurs des siècles modernes.

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