12 - Peinture sur bois, sur toile, etc.

12.6 – Peinture sur bois, sur toile, etc.

Que dirons-nous du Corrége? On n’apprécie pas méthodiquement la grâce;on ne trouve pas la formule de la mollesse délicieuse. Qu’on aille voir, au Louvre, l’Antiope endormie, et l’on n’oubliera plus la prestigieuse puissance du vieil Allegri.

Du Corrége au Parmesan , la distance est de celles que peut aisément combler l’admiration. On a dit du Parmesan qu’il avait plutôt l’aspect d’un ange que d’un homme; et les Romains de son temps ajoutaient que l’âme de Raphaël avait passé dans son corps. En plus d’un cas, son talent éclate au soleil du Corrége, il mûrit dans l’étude de Michel- Ange et de Sanzio; mais,de plus, ce talent souple et varié lui donne une place à part entre ces deux maîtres. Saint François recevant les stigmates, et le Mariage de sainte Catherine, qu’il peignit avant d’avoir atteint sa dix-huitième année, sont encore regardés comme des chefs-d’œuvre qu’eût signés Allegri. On sait que le Guide plaçait au même rang que la Sainte Cécile de Raphaël une Sainte Marguerite que le Parmesan exécuta, quinze ans plus tard, pour une église de Bologne.

A côté ou à la suite de ces noms fameux, dans lesquels semble se résumer avec éclat la gloire de la Peinture italienne, combien de grands noms à citer, et combien de marquantes personnalités à signaler encore , même parmi celles qui, dans la glorieuse voie ouverte par les chefs d’école, par ces maîtres audacieux ou charmants, laissèrent entrevoir les premiers symptômes de défaillance, d’épuisement et de lassitude!

Ascension ou déclin, cette loi de la lumière qui se répand chaque jour sur le monde physique est aussi celle des manifestations intellectuelles, lumières du monde moral. L’art pictural italien, conduit à son plus haut point de splendeur par tant d’illustres chefs, subit presque aussitôt après eux cette fatale loi, qui ne veut pas admettre l’immobilité dans la puissance.

Il n’entre ni dans notre plan ni dans notre intention de nous appesantir sur les phases affligeantes de cette décadence; mais, avant de tourner les yeux vers les derniers éclairs qu’elle projette, n’oublions pas que la pléiade italienne n’eut point le privilège exclusif d’illuminer l’horizon artistique.

Partout en Europe, il est vrai, la seule tradition byzantine s’était intronisée dès les premiers siècles du Moyen Age. En Allemagne comme en Italie, en France comme dans les provinces qui la confinent au Nord, on retrouve la même école promenant son inflexible niveau. Partout, ce ne sont que reflets du même type primitif, partout on ressent le même souffle inspirateur. A diverses époques, cependant, des velléités d’indépendance ou d’innovation se manifestent çà et là, qui d’abord restent le plus souvent isolées, perdues, mais qui enfin, comme si l’heure du réveil eut été simultanément entendue sur tous les points du monde intellectuel , se traduisent par un effort analogue pour rejeter des méthodes trop absolues et pour substituer l’élément de vie au principe de convention.

En Espagne , un étrange combat se livre sur le terrain même pour la possession duquel s’entre-déchirent deux races ennemies , deux croyances inconciliables. Le mahométan bâtit cet Alhambra , dont le pinceau chrétien doit plus tard orner les salles. Dans les peintures qui animent les voûtes du merveilleux édifice, un art, à la fois naïf et grandiose, se révèle, qui semble être éclos spontanément, mais qui semble aussi avoir consumé dans cette seule entreprise toute la part de vie qui lui avait été donnée; car il s’éteint, il disparaît aussitôt, et si des maîtres se montrent de nouveau sur le sol ibérique, c’est qu’ils sont allés demander à l’Italie la flamme inspiratrice , ou c’est que leur patrie a été visitée par quelque puissant pèlerin de l’art. Il faut arriver jusqu’à une époque dont l’accès nous est ici fermé,pour trouver les Herrera, les Ribeira, les Vélasquez, les Murillo, dont la gloire, relativement tardive, peut se maintenir à côté de celle des grandes écoles d’Italie, sans toutefois prétendre à l’éclipser. Parmi les prédécesseurs de ces individualités réelles et distinctes, citons cependant Alonso Berruguete, né en 1480, à la fois peintre, sculpteur et architecte, qui fut élève de Michel-Ange, dont il partagea souvent les travaux; Pedro Campagna, né en 1503, qui eut le même maître et dont on admire encore le chef-d’œuvredans la cathédrale de Séville; Louis de Vargas, né en 1502, qui sut s’approprier en plus d’un cas les secrets de Sanzio, dont il semblait avoir reçu les leçons; Morales, dont les toiles sont encore admirées pour l’harmonie des lignes et la délicatesse des touches; Vicente Joanes, à qui la pureté de son dessin et la sobre vigueur de son coloris valurent d’être appelé (par exagéra-tion louangeuse, à la vérité) le Raphaël de Valence; enfin, Fernandez Navarrete, né en 1526, qui fut à son tour, mais moins hyperboliquement peut-être, surnommé le Titien espagnol, et Sanchez Coello, né vers 1500, qui, excellant dans le portrait, nous a conservé les images des principaux personnages célèbres de son temps.

Nous trouvons bien plus tôt, en Allemagne et dans les Pays-Bas, des traces sensibles, caractéristiques, du sentiment de régénération qui agite l’âme des artistes occidentaux. Le premier nom qui s’offre à nous, au-delà du Rhin, est celui que signale la Chronique de Limbourg, à la date de 1380. « 11 y avait alors à Cologne, dit l’historien, un peintre nommé Wilhelm.« C’était le meilleur de toutes les contrées allemandes , suivant l’opinion des maîtres; il a peint les hommes de toutes formes, comme s’ils étaient en vie. » Il ne reste guère de cet artiste que quelques panneaux non signés, mais qu’on lui attribue, en considération de la date qu’ils portent, et dont l’examen démontre que, pour l’époque où il vécut, Wilhelm, le peintre de Cologne, pouvait, à bon droit, être regardé comme un véritable créateur. A Wilhelm succède son meilleur élève, maître Stephan (Etienne), dont on peut voir à la cathédrale de Cologne un triptyque, représentant l’Adoration des mages, Saint Géréon, Sainte Ursule, et l’Annonciation. Cette œuvre, d’un fini charmant en même temps que d’une naïveté singulièrement harmonieuse, atteste, chez son auteur, autant d’intuition naturelle que de savoir relatif; et, quand on s’attache à rechercher les vestiges du mouvement artistique contemporain , on n’est nullement surpris de constater que l’influence de ce maître primitif s’exerça dans un rayon fort étendu.

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