12 - Peinture sur bois, sur toile, etc.

12.7 – Peinture sur bois, sur toile, etc.

Mais voilà qu’à cette époque, c’est-à-dire au commencement du quinzième siècle, dans une ville des Flandres, une lumière nouvelle apparaît, qui doit effacer l’éclat de la timide innovation germanique. Deux frères, Hubert et Jean Van Eyck (fig. 232) sont venus s’établir, avec leur sœur Marguerite,dans la « triomphante cité de Bruges » , comme l’appelle en leur honneur un historien, et bientôt, dans toutes les régions flamandes et rhénanes, le nom des Van Eyck retentit, leurs œuvres sont les seuls modèles admirés, suivis,et c’est déjà un titre de gloire que de faire partie de leur brillante école.

A Jean, le plus jeune des deux frères, la renommée s’est depuis plus particulièrement attachée. Il passe pour avoir inventé la peinture à l’huile, bien qu’il n’ait fait qu’en perfectionner les procédés, et la tradition, sinon la légende,veut qu’un maître italien, Antonello de Messine, ait fait le voyage de Flandre, pour venir surprendre le secret de Jean de Bruges, secret qu’Antonello aurait répandu ensuite dans les écoles italiennes. Quoi qu’il en soit, Jean de Bruges (nom sous lequel Jean Van Eyck est le plus souvent désigné), en dehors de toute analogie de manière, car c’est par la force du coloris autant que par les nouvelles théories de composition qu’il révolutionna la vieille école , Jean de Bruges peut être considéré comme le Giotto du Nord, en ajoutant même que les effets de ses tentatives furent plus immédiatement, plus rapidement décisifs. D’un bond, si nous pouvons parler ainsi, la Peinture,un peu froide, de l’école gothique se pare d’un éclat qui ne laissera presque rien à oser à la future école vénitienne ; d’un seul élan de génie , les conceptions roides et méthodiques s’assouplissent, se mouvementent. Enfin,premier indice notable du véritable sentiment d’un art savant en même temps que gracieux , l’anatomie s’accuse dans les chairs vivantes et sous les brillantes draperies. Une distance bien grande cependant, et qui doit être remarquée, sépare les deux réformateurs que nous venons de rapprocher.L’un, le Giotto de Florence, veut s’emparer du réel pour le faire servir au triomphe de l’idéal, tandis que le Van Eyck de Bruges semble n’accepter l’idéal que faute de n’avoir pu saisir encore les derniers secrets du réel.Aussi, tout autres, en vérité, sont les fruits portés par l’école du maître florentin, et ceux que doit produire la descendance du maître flamand. C’està Gand qu’il faut admirer un dessus d’autel , chef-d’œuvre de Van Eyck,vaste composition, dont quelques parties ont été distraites depuis, mais qui, à l’origine, ne renfermait pas moins de trois cents figures, représentant l’adoration de l’Agneau pascal par les Vierges de l’Apocalypse.

Jean Van Eyck séjourna quelque temps à la cour de Portugal , où Philippe le Bon, duc de Bourgogne, l’avait envoyé pour reproduire les traits de sa fiancée, la princesse Elisabeth (1428) et c’est à l’influence exercée par ses travaux sur les peintres delà Péninsule qu’on rapporte une tendance à l’éclat et au réalisme, qui, après s’être manifestée dans la première manière espagnole, céda bientôt à. l’envahissement du génie rêveur de l’Italie, pour reparaître souveraine aux temps de la grande et puissante école nationale.

Parmi les meilleurs élèves que Van Eyck avait laissés à Bruges , il ne faut pas oublier le nom de Hugo Van der Goes, dont les œuvres sont bien rares,mais dont la renommée a survécu aux œuvres.

Rogier Van der Weyden, dont il reste fort peu d’ouvrages, fut l’élève de prédilection de Jean de Bruges, et le maître d’Hemling, dont la réputation devait continuer, sinon surpasser, celle du chef d’école. « Hemling, dit M. Michiels, si bon juge en cette matière, Hemling, dont le plus ancien tableau portait la date de 1450, a plus de douceur et de grike que les Van Eyck. Les types du fameux Brugeois séduisent par une élégance idéale; son expression ne dépasse jamais la limite des sentiments tranquilles, des émotions agréables. Tout au rebours de Jean Van Eyck, il préfère la svelte et opulente architecture gothique à la sombre et parcimonieuse architecture romane. Son coloris, moins vigoureux, est plus suave; les eaux, les bois, les sites, les herbages et les perspectives de ses tableaux font rêver (fig. 233).

Une réaction instinctive se manifeste, on le voit, chez l’élève; mais lemaître n’est pas oublié. Du reste, nous retrouverons ailleurs son influence directe; mais auparavant, et pour ne pas revenir à l’école de Bruges, citons Jérôme Bosch, qui, contrairement à son compatriote Hemling, chercha la violence des effets, les singularités de l’invention; puis Érasme, le grand penseur écrivain, qui fut peintre à son heure; enfin. Corneille Engelbrechtzen, qui fut le maître de Lucas de Leyde, né en 1494. Aussi fameux par le pinceau que par le burin, et portant dans toutes ses œuvres une puis-

SAINTE CATHERINE ET SAINTE AGNÈS

PAR MARGUERITE VAN EYCK.

On voit à gauche du tableau sainte Catherine tenant dans les mains les instruments de son supplice : la roue qui fut broyée en éclats et le glaive qui servit à la décapiter; en bas, la tête de l’empereur Maximien II, qui ordonna son martyre.

A droite, sainte Agnès et Vagneau , emblème de sa chasteté.

L’anneau que sainte Agnès présente à sainte Catherine figure le lien qui unit les deux saintes, et témoigne que toutes deux sont de dignes épouses de Jésus-Christ.

sainte_catherine_et_sante_agnes_tebleau_de_marguerite_van_eyck
sainte Catherine et sainte Agnes tableau de Marguerite Van eyck

santé et parfois étrange originalité qui l’a fait regarder comme le premier peintre de genre, Lucas de Leyde doit clore pour nous la liste des artistes qui

ouvrirent les voies où devaient marcher, à travers maintes fluctuations de méthode et de goût, les Breughel, les Teniers, les Van Ostade, les Porbus,les Snellinck, et au sommet desquelles doivent plus tard se lever le magnifique Rubens et l’énergique Rembrandt, ce roi de la palette, ce maître de la lumière, ce grand chef d’école, qui domine de toute sa hauteur ses élèves, Gérard Dow, Ferdinand Boll, Van Ecckhout, Govaert Flinck, etc., comme aussi ses imitateurs et ses concurrents, Abraham Bloemaert, Gérard Honthorst (fig. 234), Adrien Brauwer, Seghers, etc.

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