3 - Céramique

3.4 – Céramique

C’est à Pesaro que fleurit le célèbre Lanfranco, dont le Musée céramique de Sèvres possède deux pièces, et qui inventa l’application de l’or sur la faïence, à une époque où les anciens procédés de dessin avaient cessé d’être employés dans cette fabrique, pour faire place à de délicates peintures, exécutées, non par les maîtres les plus renommés de l’époque, mais au moins par d’intelligents élèves formés d’après leurs leçons ou leur exemple.

La fabrique de Gubbio eut pour fondateurs Georges Andreoli, qui, statuaire en même temps que viajoliste, produisit des ouvrages aussi remarquables par la forme que par l’aspect. « La palette minérale d’Andreoli était des plus « complètes pour l’époque : les jaunes cuivreux , le rouge rubis, sont fréquemment employés dans ses ouvrages. » Il reste des travaux signés de ce maître, — qualification qui, par parenthèse, lui fut officiellement conférée par des lettres de noblesse, — un plat qui fait partie de la collection de Sèvres et une plaque représentant une sainte Famille.

Urbino, dont les ducs, notamment Guidobaldo II, se déclarèrent les protecteurs les plus zélés de l’art céramique, fut illustrée par Francesco Xanto, qui traita des sujets historiques en terre émaillée. Xanto eut pour successeurs Orazio Fontana, qui a été surnommé le Raphaël de la majolique, et qui produisit, entre autres pièces magnifiques, des vases que, plus tard, Christine de Suède, émerveillée en les voyant, offrit d’échanger contre de la vaisselle d’argent de la même grandeur.

C’est à la fabrique de Deruta que les sujets de fantaisie furent en premier lieu appliqués à la majolique ; Bassano se signala par des paysages ornés de ruines; Venise se fit une célébrité par « ses faïences légères à reliefs repoussés ; Faenza est encore fière de son Guido Salvaggio; Florence, de son Flaminio Fontana, etc. »

Après avoir passé comme goût et ordonnance générale par diverses phases, la majolique atteignit l’apogée de son éclat sous ce duc d’Urbino que nous avons déjà nommé, Guidobaldo II, lequel ne recula devant aucun sacrifice pour que le grand art fût introduit dans les fabriques placées sous son patronage. On le vit demander même à Raphaël, à Jules Romain, des dessins originaux, destinés à servir de modèles; et, cet élan donné, il arriva que des peintres distingués tels que Battista Franco, Raphaël dal Colle, vinrent mettre leur propre pinceau au service de la majolique. Aussi les pièces de cette époque se distinguent- elles entre toutes par une entente de composition et une correction de lignes qui en font^ pour ainsi dire, autant d’oeuvres saillantes.

Puis vint presque aussitôt la décadence. De plus en plus florissant jusqu’au milieu du seizième siècle, Tart des majolistes n’est plus, à la fin du même siècle, qu’une industrie bâtarde, sans originalité, sans caractère propre, livrée qu’elle est depuis un certain temps aux caprices de la mode, qui en a fait une copiste inconstante, une productrice maniérée. Les grands majolistes créateurs n’ont laissé que de pâles continuateurs; Guidobaldo, le puissant et libéral instigateur du progrès, est mort : c’est une période artistique épuisée, finie. Quittons donc l’Italie où un bel art vient de s’éteindre, et tournons les yeux vers la France où, nous pouvons le dire par une juste métaphore, un astre éclatant va tout à coup surgir de l’ombre.

Notons toutefois, avant de passer outre sur cette première époque, que, presque dès l’origine de la rénovation de l’industrie céramique, des ouvriers ou plutôt des artistes italiens étaient allés s’établir sur divers points qui devinrent autant de centres d’où rayonna la lumière. L’Europe orientale eut pour initiateurs les trois frères Giovanni, Tiseo et Lazio, qui se fixèrent à Corfou. Les Flandres durent la connaissance des procédés à Guido de Savino, qui prit résidence à Anvers; et, vers 1520, on trouve fonctionnant à Nuremberg une fabrique dont les produits, bien que différant essentiellement de caractère avec les majoliques italiennes, peuvent fort bien cependant en dériver.

Ajoutons que des lettres du roi de France mentionnent, dès 1456, des droits à percevoir sur les « poteries de Beauvais », et que, dans le chapitre XXVII du livre I de son Pantagruel , publié en 1535, Rabelais place parmi les pièces du trophée de Panurge « une saucière, une salière de terre et un gobelet de Beauvais »; ce qui prouve, comme le dit M. du Sommerard, « que « dès lors il se fabriquait dans cette ville des ustensiles de terre assez proprès pour figurer sur les tables avec l’argent et l’étain, mais ce qui ne signifie pas forcément que la France n’eût plus à attendre l’homme de génie qui devait ne lui laisser rien à envier à l’Italie.

Vers Tannée 1510, dans un petit village du Périgord, naissait un enfant qui, après avoir reçu quelques maigres éléments d’instruction, dut, tout jeune encore, chercher à vivre de son travail. Cet enfant se nommait Bernard Palissy. Il apprit tout d’abord l’état de vitrier, ou plutôt d’assembleur et peintre de vitraux; et cet état, en l’initiant à la fois aux principes du dessin et à quelques manipulations chimiques, alluma chez lui une double

Ornement des faiences de Bernard Palissy
Ornement des faiences de Bernard Palissy

passion pour les arts et pour les sciences naturelles. « Tout en peindant des« images pour vivre », comme il le dit lui-même dans un des livres qu’il a laissés, et qui peuvent donner la plus haute idée de cette nature aussi naïve que puissante, il s’appliqua à étudier les véritables principes de l’art dans lesœuvres des grands maîtres italiens, les seuls alors en renom; puis, son état de verrier ayant dû à de nombreuses concurrences de devenir assez improductif, il s’adonna en même temps aux pratiques de la géométrie et mérita bientôt, dans le pays qu’il habitait, une certaine réputation comme « habile leveur de plans ». Une occupation relativement aussi machinale ne pouvait suffire longtemps à l’activité d’un esprit avide de progrès et de découvertes.

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