5 - Sellerie, Carrosserie

5.2 – Sellerie, Carrosserie

On attribue à Cyrus le Grand la première idée des chars, dont les essieux, le timon et même le dessous étaient garnis de faux , qui taillaient en pièces dans tous les sens les hommes qui s’opposaient au passage du véhicule, ou qui étaient renversés par la violence du choc. Ces mêmes engins se retrouvent chez les Gaulois; car nous voyons un roi, nommé Bituitus, qui, fait prisonnier par les Romains, figura sur son char armé de faux, dans la pompe triomphale du général qui l’avait vaincu.

Sans chercher d’autres témoignages, nous pouvons sommairement constater que l’équitation fut non-seulement pratiquée, mais portée au plus haut degré de perfection chez les peuples de l’antiquité, et que l’usage des chars était autrefois à peu près général pour la guerre et dans certaines cérémonies. Les Romains et, à leur exemple, les Gaulois, qui se piquaient d’être habiles charrons, eurent plusieurs espèces de voitures à roues. Parmi ces voitures romaines et gauloises, dont les Francs abandonnèrent l’emploi, parce qu’ils préféraient monter à cheval, on distinguait la carruque, à deux roues et à deux chevaux (fig. 67), richement ornée d’or, d’argent, d’ivoire; le pilentum,chariot à quatre roues, couvert d’un dais d’étoffe; le petoritum, voiture découverte et propre aux transports rapides; le cisium, voiture d’osier, traînée par des mules et destinée aux voyages prolongés; enfin diverses charrettes : la plaustrum , le serracum, la benne, les camuli (camions), etc. Ces derniers véhicules, principalement affectés aux charrois de travail (fig. 68),continuèrent à être usités, même alors que les voitures de luxe eurent disparu presque complètement. Il resta cependant, outre les litières à mulets,des basternes et des carpenta, qui furent les carrosses d’apparat de l’époque mérovingienne ; mais notons que les reines seules, les femmes de haut rang,qui ne pouvaient entreprendre de longues routes à cheval, se permirent ce moyen de locomotion , tandis que les hommes , rois et grands personnages ,eussent rougi de se faire porter comme « des corps saints » , selon la pittoresque expression d’un seigneur de Charlemagne, sinon toutefois à l’époque des rois fainéants, alors que, comme Boileau l’a fort bien dit :

« Quatre bœufs attelés , d’un pas tranquille et lent,

« Promenaient dans Paris le monarque indolent. »

La chevalerie, — dit M. le marquis de Varennes, — dont les exercices étaient l’image de la guerre, fit de l’équitation un art nouveau qui fut toujours inséparable de l’éducation de la noblesse, et chevalier ne tarda pas à devenir synonyme d’homme de bonne naissance. » Le Livre des faits du bon chevalier messire Jean le Maingre, dit Boucicaut, maréchal de France,écrit vers le commencement du quinzième siècle, énumère les exercices auxquels était soumis le jeune gentilhomme qui aspirait à ce titre : « Il s’essayait à saillir (sauter) sur un coursier, tout armé; item, saillait, sans mettre le pied à. l’étrier, sur un coursier armé de toutes pièces; item, à un grand homme monté sur un grand cheval, saillait de terre à chevauchon

Charrette atteléé de boeufs, fin du quinzième siècle. (Tirée des Chroniques de Hainault, ms. de la Bibl. roy de Bruxelles)
Charrette atteléé de boeufs, fin du quinzième siècle. (Tirée des Chroniques de Hainault, ms. de la Bibl. roy de Bruxelles)

« (califourchon) sur ses épaules, en prenant ledit homme par la manche à une main (d’une main), sans autre avantage (aide); item, en mettant une« main sur l’arçon de la selle d’un grand coursier, et l’autre emprès les« oreilles, le prenait par les crins en pleine terre et saillait de l’autre part« (côté) du coursier, etc. »

Le chevalier Bayard, encore page du duc de Savoie et seulement Cigé de dix-sept ans, fit merveille à Lyon, raconte son historien, dans la prairie d’Ainay, devant le roi Charles VIII, « en chevauchant sur son roussin », et donna, par son seul talent à manier un cheval, une haute idée de ce qu’il valait. C’est dire assez l’importance attribuée à la science de l’équitation. Il n’était bon et preux chevalier qui n’eût fait ses preuves dans les joutes et les tournois (fig. 69), avec le titre d’écuyer. Bien que ses fonctions consistassent essentiellement en services rendus, l’écuyer, qui occupait un rang supérieur à celui du page^ était plutôt pour le chevalier un auxiliaire, un frère d’armes, qu’un serviteur. Il avait pour charge de poner les armes du chevalier, de prendre soin de sa table, de sa maison, de ses chevaux. Au moment du combat, il se tenait derrière lui, tout prêt à le défendre,à le relever s’il était renversé de cheval, à lui donner, au besoin, une monture fraîche ou de nouvelles armes. Il gardait les prisonniers que le chevalier faisait, et, à l’occasion, il combattait pour lui, avec lui et à côté de lui. Le signe distinctif principal entre les chevaliers et les écuyers consistait dans la matière dont étaient faits leurs éperons : d’or pour les premiers,d’argent pour les seconds. On sait que les Flamands, à la désastreuse bataille de Courtray, recueillirent sur les morts, après l’action, quatre mille paires d’éperons d’or; donc, quatre mille chevaliers de l’armée de Philippe le Bel avaient succombé.

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