5 - Sellerie, Carrosserie

5.3 – Sellerie, Carrosserie

Il fallait, pour gagner ses éperons (d’or), expression devenue proverbiale,faire quelque action d’éclat qui montrât qu’on était digne d’être adoubé ou armé chevalier. La cérémonie de réception commençait par le don des éperons, et celui qui conférait l’ordre de chevalerie, fût-il roi ou prince, prenait la peine de chausser ou attacher lui-même les éperons au récipiendaire. En vertu du même principe, lorsqu’une faute ou quelque action lâche ou indigne avait mérité un blâme ou un châtiment au chevalier, c’était par la privation ou le changement des éperons que commençait sa dégradation. Pour une infraction légère, un héraut substituait aux éperons d’or les éperons d’argent, qui faisaient redescendre le chevalier au rang d’écuyer; mais,en cas de forfaicture, comme on disait, un bourreau ou un cuisinier lui coupait les courroies de ses éperons, ou encore on les lui tranchait avec une hache sur un fumier, et l’infamie pesait à jamais sur celui qui avait subi cet affront public.

Le port des éperons était regardé comme une marque d’indépendance et de pouvoir; aussi, lorsqu’un seigneur prêtait foi et hommage à son suzerain,était-il obligé de quitter ses éperons, en signe de vasselage. En 816, époque à laquelle la chevalerie n’était encore constituée, si l’on peut s’exprimer ainsi , que dans la tendance des esprits vers cette héroïque institution , une assemblée de seigneurs et d’évêques défendit aux ecclésiastiques la mode profane de porter des éperons, laquelle s’était introduite parmi le haut clergé.

L’usage de l’éperon semble, d’ailleurs, remonter à la plus haute antiquité. On a beaucoup discuté, sans s’accorder, comme cela se voit le plus souvent,sur l’origine de ce mot, et l’accord est assez difficile, en effet, puisqu’on trouve

dans toutes nos langues modernes une expression qui accuse une racine commune, et puisque cette racine apparaît dans la basse latinité, sans avoir sa source dans l’ancien idiome. Du temps de Louis le Débonnaire, on disait spouro, qui est devenu sporen en allemand, sperone en italien, spur en anglais, éperon en français. Les Latins, eux, disaient calcar (qui signifie originairement ergot de coq), par analogie sans doute avec la première forme donnée à l’éperon. Cette forme a singulièrement varié avec les siècles. La plus ancienne que l’on connaisse est celle d’un éperon trouvé dans le tombeau de la reine Brunehaut, morte en 613, et qui est tout simplement en broche ou pointe. On les fit longtemps ainsi, paraîtrait-il; mais, à partir du treizième siècle jusqu’à la fin du seizième, on en voit en rosette, en étoile, à molette tournante, et presque toujours façonnés de la plus riche et de la plus délicate manière. Au temps où les chevaux étaient bardés de fer ou de cuir, il fallait nécessairement que les éperons fussent fort longs pour atteindre jusqu’au

Haut : Eperon allemand Bas : Eperon italien
Haut : Eperon allemand Bas : Eperon italien

ventre de l’animal (fig. 70 et 71). Les éperons de Godefroy de Bouillon, qui ont été conservés attribution plus ou moins contestable) sont un exemple de ce système. Sous Charles VII, les jeunes seigneurs portaient, mais alors bien plus par mode que par utilité, des éperons dont la molette, large comme la main, était fixée à l’extrémité d’une tige de métal d’un demi-pied.

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