7. Deuxième partie : Les prédicateursArnaud-Amaury (1160-1225)Arnaud-Amaury (1160-1225)catharismeDaunou P.-C.-F : Arnauld-Amary, abbé de Citeaux, puis archevêque de Narbonne, dans Histoire Littéraire de la France, Tome XVII, Paris 1832.Diégo d'Osma (-1207)Dossat Y. : Le clergé méridional à la veille de la Croisade albigeoise, dans Revue du Languedoc, 1944.Guillaume de Puylaurens : Chronicon, édition Beyssier, dans Bibliothèque de la Faculté des Lettres de Paris, 1904.Guizot F. : Histoire de l'hérésie des Albigeois et de la guerre sainte entreprise contre eux (de l'an 1209 à l'an 1218) par Pierre de Vaux-de-CernayInnocent IIIMahn J.-B : L'Ordre cistercien et son gouvernement des origines au milieu du XIIIe siècle, dans Bibliothèque de l'Ecole Française de Rome, Paris 1945.Pierre de Castelnau (1170-1208)Raoul (1202-1270)Recueil des Historiens des Gaules et de la FranceVaissète (dom Dévie et dom) : Histoire générale du Languedoc, revue par Molinier, édition Privat, Toulouse, Tomes IV-VIII 1872 et suivantes.Vicaire M.-H. : La Sainte prédication de Narbonnaise, dans Mandonnet : Saint Dominique, l'idée, l'homme et l'œuvre, 2 vol. Paris 1937, Etude IV.

7.1 Initiative de l’évêque d’Osma

Ici commence le récit qui raconte de quelle manière les prédicateurs vinrent en pays albigeois. L’an 1206 de l’Incarnation du Verbe, l’évêque d’Osma, Diego, homme remarquable et digne de remarquables éloges, s’en vint à la Curie Romaine avec le suprême désir (1) de résigner son épiscopat pour se consacrer plus librement à la prédication de l’Evangile chez les païens, mais le seigneur pape Innocent ne voulut pas acquiescer au désir du saint homme : il lui ordonna même de retourner à son siège. Or, il advint que, revenant de la Curie et passant à Montpellier, il rencontra le vénérable Arnaud Abbé de Citeaux, frère Pierre de Castelnau et frère Raoul, moines cisterciens, légats du Siège Apostolique : (2) tous voulaient renoncer à la légation qui leur avait été commise, tant ils étaient découragés devant l’insuccès à peu près total de leurs prédications aux hérétiques ; (3) chaque fois, en effet, qu’ils voulaient prêcher aux hérétiques, ceux-ci leur objectaient le comportement détestable des clercs : si donc ils voulaient corriger la vie des clercs, il leur faudrait renoncer à la prédication. (4) Mais ledit évêque remédia à leur perplexité par un conseil salutaire : il les invita très instamment à s’adonner avec plus d’ardeur encore à la prédication, laissant de côté tous autres soucis, et pour fermer la bouche aux méchants de s’avancer en toute humilité pour agir et enseigner à l’exemple du Divin Maître (5) et d’aller à pieds, sans or ni argent, imitant en toutes choses la prédication apostolique. (6) Mais lesdits légats, ne voulant rien innover de leur propre chef, dirent que si quelque autorité favorable voulait bien inaugurer cette méthode, ils la suivraient très volontiers. Qu’ajouterai-je ? Il se proposa, cet homme plein de Dieu, et bientôt, renvoyant à sa ville d’Osma sa suite et ses voitures, ne gardant qu’un seul compagnon, (7) il quitta Montpellier avec les deux moines légats ci-dessus nommés, savoir Pierre et Raoul. Quant à l’Abbé de Citeaux, il regagna Citeaux et parce que le temps approchait de la tenue du Chapitre Général cistercien (8) et parce qu’il voulait amener avec lui, après la session du Chapitre Général quelques abbés de son Ordre qui l’aideraient dans le ministère de la prédication qui lui était imposé.

 

 

(1) Luc XXII. 15.

(2) Le directeur de la Croisade Albigeoise apparaît ici pour la première fois. De ses origines on ne sait rien. Il est Abbé de Poblet, près de Burgos, en 1196, Abbé de Grandselve, dans le Languedoc, en 1199, Abbé de Citeaux, en 1201. Innocent III l’envoie comme légat dans le Midi en 1204 : lettre du 31 Mai 1204, P. 2229, P. L. t. 215, c. 358. Sa biographie a été écrite par Daunou dans l’Histoire Littéraire de la France, T. XVII, p. 306 à 334.

(3) Innocent III remonte le moral de ses légats, notamment de Pierre de Castelnau : « Le peuple vers lequel je t’ai envoyé est dur et incorrigible, mais Dieu qui est tout-puissant peut susciter des pierres mêmes des enfants d’Abraham » Mtt. III, 9. Et le pape de rappeler au légat les exhortations de Saint-Paul à Timothée : « Importune, opportune, obsecra, increpa… » II Tim, IV, 2. Lettre du 26 Janvier 1205 ! P. 2391 : P. L. t. 215, c. 525.

(4) D’après Guizot : « S’ils (les clercs) ne voulaient amender leurs mœurs, ils (les légats) devraient s’abstenir de poursuivre leurs prédications ». Cette traduction, inspirée des éditions de l’Hystoria de Camusat et de Dom Brial — celle-ci dans le Recueil des Historiens des Gaules et de la France, t, XIX, 1-113 — transforme le « si vellent » que donnent les manuscrits en « nisi vellent ». Elle paraît plus logique que la nôtre : l’incurie des prélats méridionaux faisait, en effet, à l’hérésie la partie belle : voir la Chronique de Guillaume de Puylaurens, éd. Beyssier, p. 85 et suiv., ainsi Fulcrand de Toulouse est semblable au paresseux de l’Ecriture dont le champ est couvert d’épines : Prov. XXIV, 30-31. Voir surtout les lettres indignées d’Innocent III, dépeignant au cardinal de Sainte-Prisque, légat dans le Languedoc, le 12 Juin 1200, la situation lamentable de l’archidiocèse de Narbonne : P. 1177 : P. L. t. 214, c. 903, et accréditant ses légats jusqu’à trois fois auprès ces archevêques et évêques du Languedoc, sans doute récalcitrants, à tout le moins apathiques : 21 Avril, 13 Mai, 7 et 12 Juillet 1199 : P. 95, 169, 764, 785 : P. L. t. 214, c. 81, 142, 675. Cf, Origines, p. 137 et Y Dossat : Le clergé méridional à la veille de la Croisade Albigeoise, dans la Revue du Languedoc, 1944, p. 263-278. Cependant notre traduction, outre qu’elle respecte la version des manuscrits, s’éclaire si on considère une lettre d’innocent III, du 6 Décembre 1204, enjoignant aux légats de se conformer strictement, exclusivement à l’objet précis de leur mission : la prédication aux hérétiques : « Super negotio vobis injuncto vehementius intendentes, non raquiratis in aliis qui possint impedire corruniasa » P. 2337 : P. L. t. 215, c. 474 : de même une protestation de Bérenger, archevêque de Narbonne, accusant les légats d’outrepasser leur mandat : « Cus pro hereticis expellendis solummodo legatio prima vobis injuncto fuisset, vos ad ampliandam ventre legationis potestatem, clericorum excessus heresim esse interpretantes, multa contra forman mandati apostolici et in detrimeatum ecclesie Narbonensi egistia » d’après Vaiasète, VIII, n° 124.

(5) Actes, I, 1.

(6) Mtt : X, 9.

(7) Saint-Dominique : Voir dans P. Mandonnet : Saint-Dominique, Paris, 1938, les études de H. Vicaire : La sainte prédication de Narbonnaise, t. 1, p. 115-140.

(8) Le Chapitre Général se tenait le 14 Septembre. Voir Mahn : L’Ordre cistercien et son gouvernement, des origines au milieu du XIIIe siècle : 1098-1265 : Paris 1945, p. 173-217.

 

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