Humbert de Vienne (1312-1355)

Humbert II de Viennois ou Humbert II de la Tour-du-Pin (1312-1355)

Humbert II de Viennois ou Humbert II de la Tour-du-Pin (1312-1355)

Humbert II de Viennois ou Humbert II de la Tour-du-Pin

Biographie

Il est fils de Jean II, dauphin de Viennois, et de Béatrice de Hongrie1 (fille de Charles Martel, roi titulaire de Hongrie, et de Clémence de Habsbourg ; née à Naples en 1285, morte à Saint Just de Claix en 1354, son corps est transféré dans la collégiale Saint Barnard à Romans-sur-Isère, où l’on peut voir la pierre gravée de son tombeau).
Jeunesse

Sévèrement jugé par ses contemporains comme un incapable et un dépensier, Humbert II est le dernier dauphin de Viennois. N’ayant pas l’ardeur guerrière de son frère Guigues VIII de Viennois, auquel il succède, il se range plutôt dans le camp des pacifiques.

À 18 ans, ayant reçu le Faucigny en héritage d’un oncle, il entreprend un tour d’Europe pour apprendre le métier de prince et passe notamment plusieurs mois chez son oncle maternel Carobert, en Hongrie, puis chez son grand-oncle Robert d’Anjou, à la cour de Naples. Il épouse Marie des Baux (vers 1319-mars 1347), nièce de Robert d’Anjou et membre de la famille des seigneurs des Baux, une puissante maison du comté de Provence1. En 1333, le couple a un fils, prénommé André, mais celui-ci mourra en 13351. Cependant, cette même année1, Humbert, âgé de vingt ans, est précipitamment appelé à remplacer son frère Guigues, mort au cours de l’assaut d’un château près de Voiron.

Ayant pour référence les cours de Hongrie et de Naples, Humbert entretient alors une cour fastueuse dans son château de Beauvoir-en-Royans, ce qui est mal perçu par ses contemporains et s’équilibre mal avec la richesse réelle du dauphin1. À la différence de ses prédécesseurs, Humbert ne mène plus cette vie itinérante d’un château delphinal à l’autre et préfère rester à Beauvoir.

Humbert II est le créateur du Conseil delphinal en 1337, puis de la cour des comptes à partir de 1340. Il fonde également l’université de Grenoble le 12 mai 1339 avec l’accord du pape Benoît XII.

L’affaire du Dauphiné

Après la perte de son fils unique André, en 1335, Humbert II, Dauphin du Viennois, abandonne vite l’espoir d’avoir une descendance et projette dès 1337 de céder son héritage. Il propose cette année-là de vendre ses États à Robert de Naples (Robert d’Anjou, roi de Naples), mais celui-ci ne veut pas payer le prix demandé.

Humbert nomme le 20 juin 1337, Agoult des Baux, oncle de son épouse, administrateur de ses finances privées. En janvier 1338, le Dauphin, confronté au problème de ses caisses vides, lui donne ordre de poursuivre les Juifs, les Lombards et les Toscans dans ses États. Accusés d’usure et de contrats usuriers, ils sont taxés de fortes amendes4. Le pape Benoît XII envoie aussitôt sur place Johannes de Badis, son Grand Inquisiteur de Provence, pour rechercher les juifs convertis et relaps du Dauphiné.

Le rôle politique d’Agoult des Baux s’amplifie lors des négociations de paix entre le Dauphin et Vienne, en juillet 1338, à la suite de la révolte des Viennois. Au cours de l’été, Humbert doit emprunter 30 000 florins au pape pour solder ses troupes ; sa dette est gagée sur ses terres et il propose au pontife de lui vendre le Dauphiné contre 452 000 florins. Les difficultés financières s’accumulant, Humbert fait procéder à l’inventaire de ses biens en 1339, par le biais d’une enquête delphinale, dans le but de vendre sa principauté au pape Benoît XII. Sans doute mis au courant des convoitises du roi de France, le pontife lui en offre 150 000, tout en décidant d’enquêter sur les revenus domaniaux du Dauphin. Entre janvier et juillet 1339, Jean de Cojordan, évêque d’Avignon, trésorier pontifical, et Jean d’Arpadelle6, chapelain du pape, parcourent le Viennois et le Briançonnais, pour une enquête papale. Ils estiment les revenus annuels du Dauphin à 27 970 florins, ce qui donne une valeur théorique de vente pour le Dauphiné de 559 400 florins. La transaction avec le pape échoue.

La politique delphinale de la France

Carte du royaume de France en 1328 soulignant l’influence culturelle de celui-ci et la situation géographique du Dauphiné, voisin du sud-est de ce royaume.
Le royaume de France en 1328 et ses relations avec certains des royaumes voisins ; le Dauphiné est un voisin du sud-est.

Possessions de Jeanne de Navarre
États pontificaux
Territoires contrôlés par Édouard III
Zone d’influence économique anglaise
Zone d’influence culturelle française

En effet, Philippe VI de Valois et son conseiller l’archevêque de Rouen, Pierre Roger, avaient senti se dessiner une opportunité. Le roi de France engagea d’abord à son service le brillant Agoult des Baux. Il fut d’abord nommé Sénéchal de Beaucaire par Philippe VI, le 30 octobre 1340, puis Sénéchal de Toulouse et d’Albi, le 3 mars 1341. Puis, il fit savoir au pontife qu’il acceptait l’accession de son conseiller à la pourpre7. C’est ce que fit Benoît XII par lettre bullée, en date du 12 décembre 1338. L’archevêque de Rouen arriva à Avignon le 5 mai 1339 et reçut, le 12, le chapeau de cardinal.

Au cours de cette année, le Dauphin voulut à nouveau mater une « émotion » à Vienne. Il se tourna vers le pape et obtint 15 000 florins qu’il promit de rembourser sous six mois. En octobre 1340, il demanda un délai de paiement. En août 1341, il était toujours débiteur de 16 200 florins. Le cardinal Pierre Roger intervint auprès de Benoît XII qu’il persuada d’excommunier le mauvais payeur.

Affolé, le pieux Humbert offrit alors au pape de couvrir sa dette en donnant au Saint-Siège quelques-uns de ses fiefs. Toujours conseillé par Pierre Roger, Benoît XII fit une réponse négative à l’ambassade delphinale. Sans héritier, endetté jusqu’au cou, rejeté de l’Église, Humbert II allait être, sous peu, une proie facile pour le royaume de France.
Clément VI et le rattachement du Dauphiné à la France

Avec le nouveau pape Clément VI, ancien conseiller de Philippe VI de Valois sur le trône pontifical, le sort du Dauphiné était scellé : il serait rattaché à la France. Sur l’initiative de Clément VI, un grand pas fut franchi au cours du mois de février 1343. Le roi et son fils aîné, Jean de Normandie, vinrent rencontrer Humbert II dans la cité papale.

Le Dauphin du Viennois était aux abois. Toujours à la recherche de liquidités, il se vit proposer par le roi de France un arrangement financier qui le tirerait du besoin. S’il acceptait que le Dauphiné fut dévolu au second fils du roi après sa mort, ses dettes seraient réglées et il jouirait d’une rente annuelleN 1. Humbert sollicita un temps de réflexion.

Depuis quelques mois, il avait pris contact avec son oncle, Robert d’Anjou, pensant que le comte de Provence serait intéressé par l’achat de ses États qui jouxtaient les siens8. La réponse de Robert d’Anjou se faisait attendre. Et pour cause… Il venait de rendre son dernier soupir à NaplesN 2. Le Dauphin tenta alors de trouver un palliatif. Le 29 mai 1343, il vendit leur indépendance à cinquante-deux paroisses des Alpes qui se regroupèrent pour former la « République des Escartons »9. Mais sous la pression pontificale – il n’y aurait pas de levée d’excommunication si Humbert II n’obtempérait pas – le Dauphin signa un accord avec la France le 23 avril 13433.

Clément VI fait céder le Dauphin Humbert II

Clément VI, toujours attentif à la question dauphinoise, écrivit à Philippe VI, le 11 avril 1344, pour lui proposer que le fils aîné du roi de France portât le titre de Dauphin10. Le pape envisagea ensuite de lever l’excommunication de Humbert II, qui avait remboursé jusqu’au dernier florin à la Révérende Chambre Apostolique, mais il y mit une condition. Il devait lui céder le fief de VisanN 3. L’accord passé, le 31 juillet, Clément VI reçut Humbert dans son palais de Villeneuve-lès-Avignon. Le Dauphin du Viennois rendit hommage et le pape leva les sentences.

Clément VI put entrer en possession de son fief de Visan à la fin du mois d’octobre au moment où, sur son initiative, arrivaient à Avignon les émissaires de France et d’Angleterre pour discuter d’une nouvelle trêve sous l’égide du cardinal Jean Raymond de Comminges.

Les croisades pontificales

Ce fut aussi au cours de cet automne 1344 que le Souverain pontife mit sur pied un nouveau projet de croisade11. Il voulait porter le fer contre les « infidèles » sur les côtes même de l’empire byzantin où sévissaient les pirates turcsN 5. Il en confia le commandement au patriarche latin de Constantinople et à Édouard Ier de Beaujeu. L’objectif de cette expédition était de s’emparer de Smyrne. Ce fut chose faite le 28 octobre 1344. La garde de la cité fut confiée aux chevaliers de Rhodes qui la conservèrent jusqu’en 1402, date à laquelle elle fut prise par Tamerlan.

Ce succès en appelait d’autres. Clément VI, au cours du mois de novembre, lança un nouvel appel à se croiser. Seul répondit Humbert II. Le pape, avec une certaine réserve, accepta de le nommer, le 26 mai 1345, capitaine général du Siège apostolique, commandant l’armée chrétienne. Le dauphin, après avoir vidé les caisses de son trésor, embarqua à Marseille le 2 septembre 1345, en compagnie de Jean Ier le Meingre, dit Boucicaut, qui s’était déjà illustré à Smyrne. Ce « prince médiocre » – l’expression est d’Y. Renouard – allait mener une expédition sans envergure. Après avoir confié le gouvernement du Dauphiné à Henri de Villars, archevêque de Lyon, il partit en compagnie de son épouse Marie des Baux, âgée de vingt-six ans, et de sa mère, Béatrix de Hongrie. Très soucieux de leur santé, le dauphin passa son premier hiver à Rhodes. Il battit le 24 juin 1346 les Turcs qui assiégeaient Smyrne. Il fit ensuite engager des pourparlers avec eux après cette petite victoire. Les négociations duraient encore en 1347, année où décéda la dauphine, au cours du mois de mars. Effondré de chagrin, Humbert II retourna en Dauphiné en septembre 1347. Il était ruiné.

Annexion du Dauphiné à la France

Devenu veuf, le roi de France Philippe VI pense d’abord à se remarier, ce qu’il fait le 29 janvier 1349 avec sa jeune cousine Blanche d’Évreux. Puis, en février, il achète pour 120 000 écus la ville de Montpellier à Jacques III de Majorque et il repense au Dauphiné.

Pour s’assurer que le Dauphiné, devenant fief du fils aîné du roi de France, ne soit pas assimilé à n’importe quel autre domaine du souverain, Humbert signe le 29 mars 1349 le traité de Romans avec le royaume de France. Ce traité instaure le « Statut delphinal », ce qui exempte les Dauphinois de nombreux taxes et impôts. La défense de cette constitution particulière sera l’objet principal des discussions du parlement provincial dans les siècles qui suivront.

Le 30 mars, les conseillers du roi Guillaume Flote, Pierre de La Forest et Firmin de Coquerel, évêque de Noyon, après plusieurs semaines passées à Tain-l’Hermitage, obtiennent l’accord d’Humbert II pour la cession. Le 16 juillet suivant, le dauphin du Viennois aliène enfin ses droits viagers en faveur de Charles, fils de Jean de Normandie et aîné des petits-fils de Philippe VI, qui est donc le premier à porter le titre de dauphin de France. Humbert cède ses domaines contre 200 000 florins et une rente annuelle de 24 000 livres payable à Pâques ou à la Trinité. La cérémonie du transport (qui est le nom donné à la cession pour sauver les apparences) se déroule à Lyon, au couvent des dominicains de la place Confort. Au cours de celle-ci, Humbert « se dévêt » de sa suzeraineté pour en « saisir et investir » Charles. Il lui remet l’épée du dauphin au manche incrusté du bois de la Vraie Croix, la bannière de saint Georges éclaboussée du sang du dragon, le sceptre et l’anneau delphinaux. Le nouveau dauphin jure, entre les mains de Jean de Chissé, évêque de Grenoble, de respecter les franchises du Dauphiné, en particulier les statuts solennels promulgués par Humbert II.

Dès le lendemain, Humbert entre dans l’ordre des Prêcheurs où il prend l’habit de saint Dominique et se retire au couvent de Montaux. Il est ordonné prêtre par Clément VI, le 24 décembre 1350, à Notre-Dame des Doms d’Avignon. Il reçoit les trois ordres mineurs, lors des trois messes de minuit, en présence du roi Jean et du dauphin Charles. Nommé patriarche d’Alexandrie le 31 janvier 1351, il est chargé de l’administration perpétuelle du diocèse de Reims à partir du 30 avril 1352. Puis le patriarche se met à rêver de gloire ecclésiastique. En 1355, il décide d’entreprendre le voyage jusqu’à Avignon pour obtenir d’Innocent VI le titre et la fonction d’évêque de Paris. Il n’achève pas son périple puisqu’il meurt le 22 mai dans le couvent des Jacobins de Clermont d’Auvergne, à l’âge de 43 ans. Il est inhumé au couvent des Jacobins à Paris.

Seigneuries delphinales

Benoît XII et Clément VI entreprirent de confisquer Visan au Dauphin Humbert II. Le premier pontife l’excommunia pour dettes et le second n’accepta de lever la sentence que le 31 juillet 1344 en se faisant rétrocéder Visan, qui contrôlait les communications entre le Comtat Venaissin et Valréas. Furieux, les Visanais refusèrent de prêter hommage tant que leurs privilèges n’auraient pas été avalisés. Ce que fit Clément VI le 23 février 135113. Le passage de Visan sous le contrôle pontifical fit fermer l’Hôtel des Monnaies delphinal. Celui-ci frappait des florins d’or, des vingtains et des douzains blancs, ainsi que des redortats et des deniers noirs.

Saint-Marcellin-lès-Vaison et Saint-Romain-en-Viennois furent des enclaves delphinales en Comtat Venaissin.

Chabottes, situé dans le Champsaur dépendait à la fois du dauphin et du seigneur de Montorcier.

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